La résistance en 39-45

Par Michel Vonlanthen HB9AFO

Mise à jour le 11 mai 2026

 

"Ici Londres, les Français parlent aux Français. Veuillez écouter d’abord quelques messages personnels"
Les 4 premières notes de la 5ème symphonie de Beethoven, po-po-po-pooom, le V de la victoire en morse (3 points et un trait)

Les voix sur Youtube

Wikipedia

Ces messages sybillins diffusés par la BBC de Londres depuis le 3 septembre 1941, étaient destinés à la Résistance et servirent à confirmer des ordres ou des actions. A part l'expéditeur et leurs destinataires, personne n'en connaissaient la signification.

 

Quelques exemples:

 

Un parachutage dans l’Indre est confirmé par Lisette va bien.

 

Melpomène se parfume à la lavande annonçait le ralliement à Londres de l'ex-ambassadeur de la Turquie (annoncé par Stéphane Hessel). 

 

L’éléphant du jardin des plantes s’appelle Charles, indiquait l'heure d’un parachutage dans le Lot, le 13 juillet 1944. Les sept lettres du mot "Charles" (chacune valant 30 minutes) indiquaient 3h30. Il fallait encore ajouter la base connue "5" pour obtenir 8h30, l'heure exacte du parachutage:

 

Les sanglots longs des violons de l’automne… célèbre vers de Verlaine, donnait l'ordre au réseau Ventriloquist de commencer le sabotage des voies ferrées juste avant le D-Day.

 

Autres exemples: Les carottes sont cuites, Clémentine peut se curer les dents, la lune est pleine d’éléphants verts,

le coq dresse sa crête.
 

L'avantage de ce système était qu'il était à sens unique et ne permettait pas de localiser le résistant opérateur radio. L'inconvénient était par contre  qu'il fallait au préalable convenir de la signification de la phrase.

 

Sources:

 


 

La valise de la Résistance type 3MK2-B2

C'était l'émetteur-récepteur portatif de la Résistance, développé en 1942 par le Major John L. Brown.

 

 

Caractéristiques:

  • 3.1 à 15.2 MHz

  • Télégraphie uniquement

  • Superhétérodyne à simple changement de fréquence (Fi à 470 kHz)

  • Emetteur à 2 tubes EL32 et 6L6, piloté quartz (FT243), puissance 20 Watts

  • Alimenté en 12V ou via secteur alternatif: 500V pour le TX, 230V pour le reste et 6V pour les filaments

  • Antenne idéale: long fil de 18m

  • Poids 13 kg

  • Site ARCCMA (schémas et documents)


Ref:

 


 

J'étais pianiste dans la Résistance (vraie histoire fausse)

 

 

Fig 1: Valise de la Résistance, modèle 3 MK 2 (modèle plus récent que ci-dessous)

 

 

En 1944, j'étais un pianiste de la Résistance. C'est comme cela qu'on appelait un opérateur radio, parce qu'il pianote sur son manipulateur morse.

 

Ce jour-là, je me trouvais en Suisse allemande avec ma compagne Erika, dans un hôtel de luxe. Pour tout le monde, nous n'étions qu'un sympathique jeune couple en vacances. Personne ne se doutait que nous formions l'équipe radio la plus diaboliquement efficace de la Résistance française. Pourquoi étions-nous en Suisse et pas en France, je ne saurais le dire, mais j'étais en train de transmettre et de recevoir de Londres une série de messages codés.

 

 

Fig 2: Installation de l'antenne

 

J'avais installé mon émetteur-récepteur de type A MK2 dans notre chambre d'hôtel, l'antenne fixée en zig-zag au plafond et la prise de terre reliée au radiateur. Je m'efforçais de sortir mon correspondant à travers les parasites. Cet émetteur-récepteur à ondes-courtes était entièrement construit dans une valise à l'allure anodine, d'où son nom: la valise de la Résistance, appelé aussi Paraset (vraisemblablement  pour "valise parachutable").

 

J'avais deux boutons à disposition pour cela: le réglage de la fréquence (le condensateur variable "tuning" de 100 pF sur le schéma) et celui de la réaction (potentiomètre "réaction" de 20k). Ce dernier était très important car, en le tournant dans le sens des aiguilles d'une montre, il permettait d'augmenter la sensibilité et la sélectivité du récepteur jusqu'au point de basculement à partir duquel le tube détecteur entrait en oscillation, ce qui permettait de décoder les signaux morse. Ce type de récepteur est le plus simple qui existe car il ne nécessite qu'un seul tube à vide, qui fonctionne à la fois comme détecteur et à la fois comme oscillateur de battement pour hétérodyner le signal arrivant, c'est à dire rendre les traits et les points audibles sous forme d'un son. C'est avec ce genre de récepteur que j'avais fait mes premiers pas dans la réception des ondes-courtes il y a plus de soixante ans.

 

Fig 3: Schéma du Paraset (Rad Com 1982)

 

Côté émetteur, il fallait d'abord sélectionner la gamme de fréquences, soit de 3.5 à 4.5, soit de 4.6 à 7.6 MHz et ensuite enficher le quartz (type Ft-243) de la bonne fréquence  marqué "crystal" sur le schéma. Il s'agit d'une fréquence fixe. Si on  veut en changer, il faut enficher un autre quartz. L'avantage de ce type de montage sur un oscillateur libre c'est que la fréquence d'émission est parfaitement stable, quelles que soient les variations de température. Ensuite il faut ajuster le condensateur variable marqué "tank tuning" pour le maximum de brillance de l'ampoule "tank indicator" et pour terminer régler le condensateur marqué "aerial tuning" pour le maximum de brillance de l'  "Aerial indicator". C'est un indicateur de la puissance de sortie de l'émetteur assez rustique mais suffisant en pratique. Lorsque l'accord est bien fait, que l'antenne est bien positionnée, que l'ampoule brille à son maximum, l'émetteur sort dans les 5 Watts, ce qui permet d'effectuer des liaisons jusqu'à une distance de 1000 km par bonne propagation. 

 

 

Fig 4: Panneau avant du Paraset (de M0AVN)

 

A cette époque (1939-45), les ondes-courtes étaient bien moins encombrées que de nos jours, surtout que le monde était en guerre et que la plupart des émetteurs de radiodiffusion étaient à l'arrêt. C'est ce qui permettait au récepteur de la valise de la Résistance de type Paraset d'être parfaitement efficace pour ce genre de travail. Les écouteurs sur les oreilles, je tournais le bouton de la réaction jusqu'au point d'accrochage et tournais celui de l'accord en fréquence afin de trouver le signal de mon correspondant, qui, lui, était tranquillement installé dans un bâtiment de l'armée à Londres (pas le signal, mon correspondant). Du moins c'est ce que je supposais car son emplacement exact était tenu secret pour ne pas courir le risque de se faire bombarder par la Luftwaffe. Une chose était sûre: son opérateur ou opératrice radio était plus à l'abri que moi,  car à chaque fois que je transmettais, je courrais le risque d'être entendu par nos adversaires. Voire localisé, ce qui aurait permis aux soldats de la Wehrmacht de venir m'arrêter. Il me fallait donc souvent changer d'emplacement et être le plus rapide possible afin que les opérateurs gonio n'aient pas le temps de me situer.

 

Il faut dire que nos ennemis étaient très bien organisés à cet égard. L'Abwehr (service secrets) disposait de camions équipés de récepteurs de trafic et d'une antenne cadre sur le toit qu'ils pouvaient orienter depuis l'intérieur du véhicule. Un seul camion permettait déjà d'entendre le signal de mon émetteur et de déterminer la direction de l'endroit d'où j'émettais sous la forme d'un angle par rapport au nord. Un second camion, stationné dans un autre lieu, faisait la même chose et donnait son propre angle. Il suffisait alors de tracer sur une carte deux droites avec les angles mesurés, et le point où elles se croisaient donnait l'emplacement de mon émetteur. Cela suffisait en général pour situer précisément une station émettrice puisque la plupart du temps celle-ci se trouvait à l'intérieur d'un bâtiment afin de ne pas être vue. Il fallait donc être rapide afin que l'émission ne dure pas suffisamment de temps pour permettre à ceux qui surveillaient les ondes de localiser l'émetteur.

 

C'est pour cela que nous pratiquions la règles des 3/3: ne pas transmettre plus de 3 minutes consécutives, ne pas transmettre plus de 3 fois du même endroit, ne pas être radio plus de trois mois d’affilée afin d’éviter des erreurs causées par la routine

 

Le trafic se faisait en morse à l'aide d'un manipulateur incorporé à la valise. L'écoute se faisait au casque de façon assez rustique puisqu'aucun réglage de volume n'était implanté. La plupart du temps, je recevais les messages à transmettre déjà codés sous forme de groupes de cinq chiffres ou lettres mais je devais quelquefois faire ce travail moi-même. C'était une question de sécurité car il était préférable de séparer l'opération de codage de l'envoi du message radio afin que l'opérateur ne puisse pas dévoiler le code utilisé dans le cas où il était capturé. Mais il m'arrivait aussi quelquefois de devoir transmettre un message en clair en cas d'extrême urgence.

 

L'envoi ou la réception d'un message commençait toujours par la prise de contact radio, chaque station ayant son propre indicatif d'identification, ensuite Londres s'assurait que j'était bien l'opérateur que je prétendais être au moyen d'un mot codé que j'étais le seul à connaître. Ensuite je transmettais mes messages les uns après les autres et mon correspondant faisait ensuite de même avec les siens. La manipulation était manuelle si bien que chacun reconnaissait son vis-à-vis à sa façon de manipuler. L'envoi de code morse, c'est comme écrire une lettre dont le destinataire peut reconnaître l'écriture. A force de s'entendre, on mémorise les tics de manipulation de son correspondant ce qui permet de se reconnaître rien qu'à cela.

 

De nos jours ce n'est plus guère possible car les télégraphistes utilisent pratiquement tous des manipulateurs électroniques qui donnent des points, des traits et des espaces parfaitement calibrés, un peu comme une lettre écrite à la machine plutôt qu'à la main. Et puis il faut aussi dire que le morse n'est quasiment plus utilisé de nos jours et que sa pratique n'est plus demandée lors de l'examen d'obtention de la licence de radioamateur.

 

Le passage de réception à émission se faisait à l'aide d'un bouton qui commutait l'antenne du récepteur à l'émetteur, coupait la haute tension du récepteur et enclenchait celle de l'émetteur. Sur le schéma, c'est le bouton marqué "trans-receive" pour "transmitter" et "receiver" (émetteur et récepteur) qui fait ce travail.

 

J'en étais donc là de mes transmissions lorsque subitement la porte de la chambre s'ouvre à la volée et le guetteur que j'avais posté devant l'hôtel surgit tout essoufflé. Il m'annonce que les nazis arrivent et qu'il faut partir à toute vitesse. Je ne fais ni une ni deux, démonte l'antenne et ferme la valise de transmission. Erika avait gardé nos affaires prêtes. Elle enfile son anorak et nous voici sur le départ. Le tout n'a pas duré deux minutes. Jean-Bertrand me dit de passer par derrière l'hôtel et me tend la clé de la porte en me disant que je la trouverai facilement car elle est énorme, massive (on verra que cela a son importance). Un de nos collègues nous attend dans une "traction avant" dans la rue adjacente.

 

Nous sortons rapidement de la chambre et descendons quatre à quatre les escaliers jusqu'au sous-sol. Personne ne nous a vus. De son côté, Jean-Bertrand sort tranquillement par le devant de l'hôtel puisque, lui, n'est pas recherché. Je cours, la valise radio dans une main et celle contenant mes vêtements dans l'autre, Erika sur mes talons. Le sous-sol n'est pas bien éclairé mais nous trouvons finalement la fameuse porte. Je l'ouvre avec la clé, fait passer Erika de l'autre côté, et y dépose mes valises.

 

Je reviens sur mes pas afin de fermer la porte à clé mais celle-ci se referme d'elle-même en claquant. Je me retrouve à l'intérieur avec la clé sur la porte mais à l'extérieur. Catastrophe ! Je tente de crier à Erika d'ouvrir la porte mais elle ne m'entend pas, la porte est trop épaisse et aucun son ne la franchit. Je n'ose taper sur la porte, cela ferait trop de bruit. Je décide alors de rebrousser chemin et de faire le tour de l'hôtel afin de rejoindre Erika et la voiture. Je me dépêche mais j'ai le souffle court. J'arrive enfin de l'autre côté mais il n'y a plus personne. Erika, la voiture et son chauffeur sont partis, croyant probablement que je m'étais fait prendre par les soldats qui arrivent en courant.

 

Ceux-ci me repèrent et fondent sur moi en aboyant l'ordre de m'arrêter. Je stoppe car ils pointent leurs armes sur moi. Me voilà fait prisonnier. Ils m'embarquent et me font descendre à la cave. Je pense à ma courageuse Erika et suis soulagé qu'elle ai pu s'échapper. Pour moi c'est terminé.

 

Je vois avec horreur que ceux qui m'ont arrêté sont des SS de la division Das Reich, la chouchoute d'Adolf Hitler. Il m'attachent sur une chaise et leur chef sort ce qui me paraît être une trousse de dentiste et l'ouvre. Je vous passe la suite car d'une part j'ai perdu plusieurs fois connaissance sous la torture et que d'autre part je ne veux pas vous couper l'appétit. Je me rappelle seulement que les sbires d'Adolf n'arrêtaient pas de me crier "Nous afons les moyens de fous vaire barler" et qu'ils voulaient savoir où étaient mes complices.

 

Bref, c'est ainsi que je me suis retrouvé dans un wagon à bestiaux en compagnie de gens que je ne connaissais pas. Les conditions étaient épouvantables: rien à boire ni à manger, pipis et cacas à même le sol, pas de papier pour s'essuyer et impossible de s'étendre pour dormir car nous étions trop serrés.

 

Au bout de trois jours et trois nuits, on nous a fait descendre du train à coups de crosses et sous les aboiements des chiens. C'est là que j'ai vu l'inscription "Arbeit macht frei"sur le portique et que j'ai compris que nous étions devant l'entrée du camp de concentration d'Auschwitz. Arbeit macht frei, le travail rend libre, tu parles !

 

Et  c'est à ce moment-là que je me suis réveillé de mon  cauchemar ! Pendant un court instant j'étais encore dans mon rêve et je pense que c'est pour cette raison que je m'en souviens encore. D'habitude je ne rêve pas, et même si c'est le cas, je ne me souviens jamais de ce que j'ai rêvé.

 

Je présume que j'ai cauchemardé toute cette histoire parce que j'avais vu le film "Papy fait de la résistance" quelques soirs auparavant, ainsi que "Les Visiteurs 3", avec Jacquard en collabo dans son château occupé par les nazis...

 

Voilà toute l'histoire ! Je l'ai vraiment rêvée, c'est ça sa partie vraie, mais évidemment elle est fausse, nous n'étions pas nés à cette époque,  Erika et moi. Mais au moins m'a-t-elle fait rechercher quelques infos sur la Résistance !

 

Quel bonheur de me retrouver en paix, dans mon beau pays, avec mon béret et mes pantalons golf, en train de lire le journal la pipe au bec devant la cheminée qui crépite et la radio branchée sur Londres, avec Erika qui tricote à mes côtés, un châle sur les épaules. Ah non, zut, ça c'est encore dans mon rêve !...

 

Signé: Papy-AFO

 

PS: Chapeau bas à tous ces résistants opérateurs radio, dont la plupart ont payé de leur vie leur dévouement au pays !

 

 

Sources:

 


Le récepteur "Biscuit" MCR1

 

C'était le récepteur le plus populaire de la Résistance. Il était montée dans un boîte à biscuits en tôle d'où son nom.
Développé en 1943. Couvre de 150 kHz à 15 MHz en 4 bandes (selfs enfichables)

Schéma